Il faut toujours avoir des projets pour vivre. - JOSIANE #3


// TEMOIGNAGE // Depuis Coëx, son nouvel eldorado depuis 18 ans, Josiane nous a accordé, pendant le confinement, une heure de son temps par téléphone. A tout juste 83 ans, le terme ‘positiver’ lui colle à l’esprit comme à la peau. Josiane, représente ces femmes, celles dont le fait de prendre de l’âge n’altère en rien son goût de vivre et d’agir. De son témoignage ponctué de rire, nous en avons extrait l’angle principal de son expérience.

Originaire du Nord de la France, Josiane a rejoint après la perte successive de ses parents en 2002, la Vendée et ses enfants installés à l’époque dans le département. Pour s’intégrer à sa nouvelle vi(ll)e, elle a saisi très vite dans le bénévolat l’opportunité de créer de nouveaux liens, comme celle de dessiner de nouvelles perspectives à son quotidien. En tant que membre et trésorière du Club de l’Amitié depuis plus d’une quinzaine d’années, ses semaines sont depuis rythmées par les réunions, les parties de cartes et les comptes qu’elle tient d’une main de maître. Une manière de joindre l’utile à l’agréable. De son ancienne vie d’active, elle en garde aussi le réflexe des week-ends pour se retrouver comme prendre le temps. Celui de lire les livres empruntés chaque samedi à la bibliothèque ou encore de suivre la messe à la télévision chaque dimanche.

Si ces dernières semaines de confinement sont venues remettre en question son organisation, Josiane nous partage ici comment il est toujours possible de se réinventer même dans les conditions d’une liberté altérée. A l’impossible nul n’est tenu !

Ce que j’ai voulu comprendre

« A l’annonce du confinement, je me suis dit que c’était indispensable, qu’il fallait faire preuve de civisme, de patience, de persévérance. Et qu’il fallait de toute façon rester positive. Mais quelque part, je me suis dit : 'mince, c’est encore nous (ndlr : les seniors) qui allons encore trinquer'. Mais après Emmanuel Macron a nuancé en précisant les personnes à risques, c’est-à-dire les personnes déjà souffrantes. Enfin c’est ce que j’ai voulu comprendre.

Sinon, je n’ai pas d’angoisses liées au présent ou à l’après. Disons qu’en tant que retraitée, sur le plan financier, je ne vais pas être pénalisée. Et je trouve que c’est un avantage formidable, parce que beaucoup de jeunes se demandent ce que sera leur avenir dans six mois. »

A chaque âge ses avantages

« Cela fait trente ans que je vis seule donc pour moi, ce confinement c’est la vie normale. J’en souffre peut-être moins que quelqu’un qui est en famille et qui doit supporter les enfants en bas âge pendant le confinement. Je me mets à sa place, ça ne doit pas être facile. Il y a des avantages à vivre seule et il y a même des avantages à être une personne âgée. On ne peut pas aller contre le fait de vieillir. Vieillir, c’est vivre avec son temps. A chaque âge ses plaisirs.

Je n’aime pas être dans la négative. Donc si tout le monde fait ce qu’il faut, respecte les consignes, ça va aller mieux. J’aime mieux positiver. J’ai toujours des projets, et même s’ils n’aboutissent pas, il faut toujours en avoir pour vivre. »

C’est ma gymnastique du cerveau

« Ma grand-mère disait toujours l’avenir appartient aux gens qui se lèvent tôt. Et c’est resté pour moi une évidence même en période de confinement. Est-ce du fait de mon âge, mais je trouve que je suis beaucoup plus efficace le matin. Quelque fois, je ne dis pas que je paraisse un peu plus au lit que d’habitude.

Mais sinon, le confinement, c’est ma vie normale. J’ai transformé mes activités au club, en activité de ménage et de jardinage. Et le fait de ne pas voir les gens, je l’ai transformé en les appelant. Je ne dis pas que ce n’est pas contraignant. Je ne dis pas que par moment, je n’ai pas une certaine impatience à vivre comme avant. C’est humain, mais disons que j’essaie d’être raisonnable.

Et puis je joue sur ma tablette. Je joue à la belote, au solitaire. Et sur ma table, je joue au scrabble toute seule comme une grande. C’est juste pour entretenir mes neurones, vérifier ma grammaire et voir si je ne fais pas trop de fautes. C’est ma gymnastique du cerveau et je fais ça tous les jours. Il faut bien tuer le temps quand même un petit peu. »

Je suis encore capable d’assumer.

« Les gens – certains – sont plus attentifs aux autres. On fait attention, on se demande si quelqu’un est dans le besoin. On est prêt à rendre service. Je suis plutôt dans la catégorie à qui on voudrait rendre service, alors que je n’en ai pas vraiment besoin. J’ai une amie aide-soignante de l’âge de ma fille qui m’a appelée en se proposant d’aller faire mes courses. Sur le coup, j’étais très émue parce que je ne m’attendais pas à ça et puis je lui ai dit : ‘écoutez, ça me touche beaucoup mais je crois que je suis encore capable de les faire tout en me protégeant avec mon masque’. C’est aussi pour moi l’occasion de marcher un peu. C’est ce qui me manque le plus.

Je suis encore capable d’assumer. J’essaie d’être dynamique parce que des fois j’oublie et alors ça m’inquiète un peu. Et puis des fois, je me dis ‘tu vieillis ma fille. Mais non tu ne vieillis pas, tu es vieille’. Mais je le dis avec le sourire. Vieille, ce n’est pas un gros mot, c’est la réalité.

A l’impossible nul n’est tenu

« Par politesse, je veux toujours être présentable. Vis-à-vis de moi et surtout pour les autres. Et même pendant le confinement à la maison. Dès que j’ai fait ma toilette, je suis chaussée, coiffée, maquillée, parfumée. Je me mets mes bijoux. C’est comme si c’était avant. A l’impossible nul n’est tenu !

Et puis, j’ai vécu une nouveauté avec le confinement. J’avais besoin d’une coloration parce que je commençais à avoir des racines bien visibles. Alors je me suis dit « ma fille, il va falloir te faire une couleur toi-même ». Chose que je n’avais jamais faite de ma vie. Ma coiffeuse m’a alors conseillé de prendre la couleur numéro 8 au supermarché. J’ai trouvé la numéro 8.1 en me disant que ça irait bien. Eh bien, je suis dorénavant blonde foncée alors que je suis blonde claire. Vous voyez, il faut bien que j’arrive à 83 ans pour me faire une teinture moi-même et avec une nouvelle couleur en prime. Mais qui dit nouvelle tête, dit nouvelle vie. »

Grâce à la confection de masques, je me sens utile

Cette semaine, j’ai repris un peu du poil de la bête grâce à la confection de masque. Je me sens utile dans le sens où pendant le confinement, je me disais ‘je suis ici toute seule, je ne fais pratiquement rien alors que je pourrais être utile à quelque chose’. Mais je ne savais pas où m’adresser, ni que faire. Et puis, on a trouvé et c’est très bien. On est entre copines. On respecte les distances. Si parfois on se rapproche un peu trop, on recule aussitôt. On découpe, on coud. Vous savez, c’est un atelier où il y a du punch. On rit beaucoup. On fait semblant d’être en classe. On redevient des enfants. On fait les petites folles.


Le confinement, cet examen de conscience

« Le confinement a permis cet examen de conscience. De prendre conscience de la liberté que nous avons dans notre beau pays parce qu’ailleurs ce n’est pas aussi évident. Et je pense que cet examen de conscience peut continuer après cette période.

Pendant le confinement, je me suis même dit qu’au fond j’étais bête. Quand j’ai la possibilité de sortir, pourquoi je ne vais pas à la messe au lieu de la regarder à la télé ? Pourquoi, je ne sortirai pas d’avantage ? Mais est-ce-que ce sont des décisions que je vais prendre à la sortie du confinement ? Je ne suis pas sûre.

Après le confinement, je pense quand même que ce ne sera plus pareil. Vous voyez, certaines personnes en arrivant dans le club, elles s’embrassaient. Mais pourquoi faire ? On a qu’à se saluer tout simplement et puis c’est tout ! Je trouve que nous ne sommes pas assez prudents en ce qui concerne les contacts physiques. Ils ne sont pas inutiles parce que c’est aussi faire preuve d’affection, mais on n’est pas obligé de s’embrasser. Et puis, parfois des personnes m’embrassent et dans ma tête je me dis 'baiser de Juda'. Je pense et j’espère que les gens auront un comportement plus réservé peut-être. »

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