J’adore apprendre. Il n’y a pas d’âge pour apprendre. ROSELINE #5

Mis à jour : juin 21


// TEMOIGNAGE // Depuis Coëx, où elle a élu domicile il y a 14 ans, Roseline, 73 ans nous a accordé, pendant le confinement, une heure de son temps par téléphone. A 73 ans, cette parisienne de naissance, vit seule depuis le décès de son mari survenu subitement à la fin de l’année 2019. Un brutal changement de vie qui l’a amenée à redéfinir son quotidien comme les souvenirs dans lesquels elle se replonge, par obligation ou nécessité. Une mesure du temps, amplifier avec le confinement. De son témoignage tourné vers le passé, nous en avons extrait l’angle principal de son expérience.


Originaire de Seine et Marne, Roseline a rejoint la Vendée avec son mari à leurs départs en retraite. Un nouveau pied à terre tourné vers la nature et de nouveaux horizons. En duo, à moto ou au volant de leur camping-car, Roseline et son mari, sillonnaient les routes de France et celles du soleil comme pour mieux tisser des liens avec l’ailleurs. En octobre dernier, le décès brutal de son mari, est venu reconsidérer ce mode de vie à deux et tourné vers l’extérieur. Roseline s’était alors portée bénévole au Secours Catholique, et proposée comme volontaire afin d’accompagner de temps en temps, les enfants de l’école publique à la cantine. Une façon comme une autre d’apporter un soutien aux personnes dans le besoin comme d’en assouvir le sien, celui de créer du lien avec le monde à proximité cette fois.


Si ces dernières semaines de confinement sont venues remettre en question ce nouvel équilibre, Roseline nous témoigne ici comment elle tente malgré tout de le conserver.



Il a fallu que je me débrouille pour parer au plus urgent

« On ne va pas dire que j’ai mal subi l’annonce du confinement. J’ai une maison à entretenir. Mon mari faisait beaucoup de choses à la maison, il faisait tout ce qui était extérieur. Et comme son décès a été soudain, beaucoup de choses sont restées en plan ou à réparer. Je ne m’occupais pas trop de cela avant, donc il a fallu que je me débrouille pour parer au plus urgent. Petit à petit, j’élimine. Et puis, mon fils qui n’habite pas loin a pu m’aider aussi. »


Je fais du tri, j’essaie de mettre des noms sur les objets.

« Aujourd’hui, dès qu’il il fait beau, je suis dehors dans le jardin. J’adore jardiner et il y a à faire. Et quand il ne fait pas beau, je suis à la maison, à faire du rangement ou à aller sur internet. Je fais en sorte de m’occuper parce que sinon, après ça rumine dans la tête.

Avant le confinement, j’allais une fois par semaine à mon cours de gym douce. Maintenant, c’est bien-sûr fini, mais je continue de temps en temps à faire quelques mouvements que le professeur nous avait inculqué. J’ai fait beaucoup de sport dans ma jeunesse. Je faisais du cheval d’arçon, des barres asymétriques, de la course à pieds, de la poutre, du saut en hauteur. A mon époque, c’était surtout ça que l’on faisait. J’ai eu quelques médailles que j’ai retrouvé en faisant du tri. Je me suis dit, « Tiens ça me rappelle des souvenirs ! ».

J’ai un garage de 70 mètres carrés, et même si c’est rangé, il y en partout. Mon mari était très bricoleur, il avait des mains en or. Il faisait beaucoup de choses comme de la rénovation de lustres anciens. Lui-même avait récupéré des médailles de quand il était jeune. Il avait aussi récupéré des médailles de son grand-père à l’époque. Il avait mis ça dans un pochon. Et petit à petit, je découvre et j’essaie de mettre des noms sur les objets. »


Ça fait du bien de voir du monde et de parler

« Il y a quelques jours, ma voisine Yonnelle m’a proposée de faire des masques. Ça fait du bien de voir du monde et de parler parce que lorsque je vais dans le garage essayer de ranger les affaires de mon mari, il y a des fois où je n’y arrive pas.

A la confection de masque, il y a la découpeuse, l’assembleuse. Il y en a une qui s’occupe des surjets. Puis après il y a une machine pour piquer les masques. Ensuite on coupe les fils, et on coud les élastiques. C’est du rendement, hein ! Moi, je suis piqueuse d’élastique.

Comme je ne suis pas couturière et que j’aurai aimé en faire rien que pour moi, et bien j’apprends en même temps. »


J’adore apprendre, il n’y a pas d’âge apprendre.

« J’apprends. J’adore apprendre. Il n’y a pas d’âge pour apprendre. Dans ma vie, dès qu’il y avait quelque chose de nouveau, j’étais toujours la première à m’y inscrire. Etant jeune, avec mes sœurs et mon frère, je n’ai pas eu cette chance d’apprendre. Mes parents et ma mère en particulier (mon père n’était jamais là), ne voulait pas qu’on apprenne. Tout était interdit. On était comme confinés, il ne fallait pas parler, il ne fallait rien faire. Donc le jour, où je n’ai plus été chez ma mère, j’ai dévoré des livres de bibliothèque. J’ai acheté des livres pour apprendre à vivre dans la vie. On allait nous jeter comme ça face aux fauves. On ne savait pas comment faire, il fallait donc se débrouiller. Et depuis, je suis toujours comme ça, à regarder des émissions où on nous montre des choses. Je regarde tout, tout de suite. »


Il y a des liens qui persistent malgré le confinement.

« Avant les masques, je me sentais toujours seule vers les coups de 18 heures, et même avant le confinement d’ailleurs. Mais sinon avec l’association du Secours Catholique, on forme un petit noyau de 4 à 5 femmes et on s’appelle assez souvent. Il y a des liens qui persistent malgré le confinement. Disons que quand pour l’une ça ne va pas trop, qu’elle a envie de parler comme moi avant-hier, elle appelle. On se raconte ce qu’on fait, ce qu’on a vu à la télévision (…). Ça change les idées. On a entendu quelqu’un. On ne voit pas mais on a entendu quelqu’un.


J’ai qu’une hâte, c’est de reprendre l’activité de l’association. Toutes, on a qu’une hâte ! »

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