Ne pas oublier de vivre à plein le temps de maintenant - ANDREE #4

Mis à jour : juin 12


// TEMOIGNAGE // A 87 ans, Andrée vit avec plaisir chaque moment. Elle a fait de ce mot un mode de vie qui contribue à créer une douceur de vivre. Andrée projette de vivre jusqu’à 100 ans, et pour cela, elle a envie de vivre chaque moment pleinement. La vie l’a amené à s’adapter et à ne plus s’inquiéter des petites choses désagréables du quotidien, notamment celles sur lesquelles elle n’a aucune prise. De son témoignage ponctué de douceur nous en avons extrait l’angle principal de son expérience.


De son métier de professeur des écoles et de directrice de maternelle, Andrée a créé un écosystème autour d’elle : contacts avec d’anciens parents d’élèves, participation à une association autour de l’école maternelle, d’anciens professeurs des écoles devenus des amis, etc. De plus, les enfants côtoyés sur l’ensemble de ces années lui ont sûrement transmis la joie de profiter de l’instant. Andrée a créé une vie très active, à la fois dans son engagement dans une association, dans sa participation à des activités de loisirs et dans ses rencontres avec un cercle amical. Elle prend autant soin de son corps que de son esprit.

Pendant le confinement, Andrée a choisi de cohabiter avec sa meilleure amie depuis 43 ans. Habituellement, elles se retrouvent très souvent l’une chez l’autre, et se soutiennent, comme des amies de longue date. Elles ont recréé pendant ce temps une mini société pour vivre ce quotidien enfermé plus sereinement et en prenant plaisir le plus possible.


Il n’y a aucune raison d’être tout seul quand on peut être deux 

« Je me suis confinée avec ma meilleure amie. On est très souvent l’une chez l’autre hors confinement, parce qu’on n’a pas du tout envie d’être seule. Il n’y a aucune raison d’être tout seul quand on peut être deux. On a choisi chez elle, parce que dans mon immeuble, c’est le désert. Il n’y a personne avec qui je puisse réellement communiquer. On se dit « bonjour -bonsoir », et pas plus. Alors que la maison de ma meilleure amie est une maison vivante. Cela compte. Le voisin qui est au 3ème, nous fait des courses une fois par semaine. On descend un sac par la fenêtre, il met les provisions dans le sac et on les remonte par la fenêtre. On n’a pas besoin de se voir du tout, il ne vient même pas jusqu’à la porte. Et on a une autre personne qui nous fait des courses, qui elle les dépose sur le paillasson. C’était une maman d’élève dans une de mes anciennes écoles. Quand j’étais directrice dans une école de ce quartier, elle était maman de trois enfants que j’avais à l’école, et on a gardé des liens. » 


Les choses viennent au fur et à mesure qu’elles sont nécessaires 

« Cela se passe tranquillement, on n’a pas mal d’activités communes, et pas uniquement parce qu’on fait des choses chacune de son côté. On fait beaucoup de lecture à haute voix, ce n’était pas prévu. Il y en a une qui lit tout haut pendant 30 minutes, 45 minutes, et puis c’est l’autre qui reprend.On fait cela 1 h, 1 h 30 tous les jours, et cela nous plait énormément. C’est un plaisir réel. Et je crois qu’on continuera à un rythme moins soutenu après le dé-confinement. On fait également l’une et l’autre du vélo d’appartement, et je fais de exercices d’équilibre dans le couloir, parce qu’il faut de toute façon qu’on ne se dé-muscle pas pendant ce confinement. S’il fallait vraiment rester immobile tout le temps, cela ne nous irait pas tellement. On fait partie d’une chorale, donc le mardi pendant deux heures, il y a notre professeur de chorale qui fait un zoom avec nous. Ce n’est pas aussi agréable que lorsque l'on va réellement à la chorale. Chacun est sur son ordinateur et on ne peut pas chanter tous à la fois, parce qu’il y a un décalage. Mais cela permet quand même de revoir les gens du groupe, et c’est agréable. A part cela, je dessine beaucoup et je classe mes photos sur l’ordinateur. C’est seulement depuis le confinement qu’on utilise Skype et zoom, on ne l’avait pas fait. Les choses viennent au fur et à mesure qu’elles deviennent nécessaires. »


Ne pas oublier de vivre à plein le temps de maintenant 

« Je crois qu’il faut vivre avec ce qu’on a, ce qui sera possible sera possible. Je serais très contente si on peut aller en vacances. Maintenant si on ne peut pas y aller, la situation est déjà assez chiante, et ce n’est pas la peine de s’en remplir la tête. Il y a pas mal d’années, que j’ai l’impression qu’à mon âge le temps se fait court. Même si je vis jusqu’à 100 ans, ce qui serait dans mes projets, il me reste 13 ans. C’est très court, et donc je trouve que ce temps il faut l’utiliser au plus vrai possible. Il faut vivre le temps de toute suite à fond quel qu’il soit. 

Il y a très longtemps de cela, on m’avait dit ‘‘il y a un âge où il faut commencer à élaguer’’. On parlait de façon censée des objets matériels, c’est-à-dire que c’est pas mal de trier le bazar qu’il y a chez soi et dégager un peu l’espace des choses inutiles. Quand on m’a parlé d’élaguer, je me suis dit, ‘‘je vais commencer à élaguer dans ma tête’’, et cela m’a paru plus urgent. Ce qui veut dire bien vivre le temps de tout suite à plein, ne pas oublier de vivre à plein le temps de maintenant. Et je trouve que maintenant que le confinement est présent, il se révèle que j’ai déjà pas mal élagué dans ma tête et cela m’a certainement facilité  cette période de confinement. » 


Prendre du plaisir 

« Avant j’étais plus facilement inquiète de petites choses peu importantes. Je pense qu’il faut faire l’économie de ne pas s’inquiéter pour des choses qui ne sont pas fondamentales, et ne pas trop prendre mal les choses pour lesquelles on ne peut rien. Par exemple, quand on entend des nouvelles à la télévision qui sont parfois très préoccupantes ou très difficiles - ce qu’on entend sur la marche du monde est préoccupante -  ce n’est pas la peine en plus de perdre le sommeil ou je ne sais quoi. J’ai à la fois envie d’être au courant de ce qu’il se passe mais je n’ai pas envie de me mettre la rate au court bouillon pour des choses sur lesquelles je ne peux pas agir. Le fait de balayer ce qui ne me convient pas, cela me laisse plus de temps pour prendre du plaisir à une chose ou à une autre. » 

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