Peu importe l’activité, j’aurais aimé y aller - YONNELLE #1

Mis à jour : juin 5



// TEMOIGNAGE // De sa Vendée natale, à Coëx, Yonnelle nous a accordé, pendant le confinement, une heure de son temps par téléphone. A tout juste 70 printemps, le mot d’ordre « prendre soin des autres » lui colle à la peau. Yonnelle, ancienne aide soignante, représente ces femmes du care, celles qui donnent sans rien attendre en retour. De son témoignage, nous en avons extrait l’angle principal de son expérience.


A la retraite, Yonnelle a une vie remplie et dynamique : présidente du club des aîné.e.s de sa ville, choristes dans trois chorales, bénévole dans un EHPAD à proximité de son domicile. De son métier d’aide soignante, elle a toujours gardé son envie d’aider et son intérêt pour les Autres.

Le confinement est venu bousculer son quotidien rythmé et planifié et l’a amenée à aller chercher au fond d’elle-même pour redéfinir ses priorités et ses envies. Pendant cette période, Yonnelle s’est sentie vulnérable face à ce virus microscopique, non pas pour sa propre santé, mais pour les Autres, et notamment pour la situation économique de ses deux enfants entrepreneurs. Elle a également vécu un retour sur elle-même, une parenthèse pour se retrouver en elle et dans son intérieur, mais une parenthèse limitée, car Yonnelle aime ce dont sa vie est constituée : les rencontres, le Gospel, le jardinage et la spontanéité des sorties.

Et comme nombre de citoyen.ne.s, Yonnelle aspire à ce que cette crise sanitaire permette de construire un monde plus humain et plus fraternel.


Au début, j’étais dans le déni

« J’avais pris conscience de ce petit ennemi, invisible et sournois et je me disais ‘’on va certainement connaitre quelque chose’’, mais je ne pensais pas à un confinement. J’ai reçu cela comme un coup sur le « coin du museau ». Je n’imaginais pas que du jour au lendemain, nous pouvions être aussi vulnérables, que les choses pouvaient s’arrêter aussi vite dans un monde tout puissant. C’est ce qui m’a interpellée le lundi quand je suis allée mettre un écriteau à la porte du club en disant que toutes les activités étaient suspendues. Et je me souviens être allée chercher deux-trois bricoles à une petite supérette, et quand j’ai vu le monde et les rayons vides, je me suis dit ‘‘je suis en retard’’. Je pense que j’avais pris cela à une autre vitesse. Je pense que je devais être dans le déni, je n’avais pas envie que cela vienne, je n’avais pas envie de cette interruption.

La première semaine, j’ai été portée, je ne pensais pas que cela allait durer autant. Je pensais que cela allait durer 15 jours. Après j’ai pris les choses avec beaucoup plus d’angoisse. Je me souviens que je me suis inquiétée pour les plus jeunes générations et pour mes enfants. »

Une parenthèse pour avoir rendez-vous avec moi

« Le confinement m’a permis de prendre le temps, parce que dans ma vie, je n’ai jamais pris le temps. C’est sûrement pour combler un manque. J’aimais être dépassée. J’aimais ce sentiment d’avoir un planning, des journées bien planifiées. Cela me plaisait énormément et là je me posais la question, quand je vais reprendre : est-ce que je vais être capable de reprendre une activité aussi intense ?

Et je pense laisser la présidence du club en 2021. On ne peut pas être présidente toute sa vie. Cela fera 8 ans et c’est le temps de former quelqu’un d’autre pour le faire. Cette situation, c’est une parenthèse dans ma vie, et je suis déjà dans une réflexion. C’est comme si j’avais rendez-vous avec moi. Je suis dans l’analyse de ce que je supporte, de ce que je ne supporte pas, de ce que je veux, de ce que je ne veux plus, cela va certainement m’orienter vers des choix.

Ce que je vis là, je le vis parce qu’il faut, mais je ne pourrai pas faire cela toute l’année. Il faut que j’aille marcher, il faut que je sois un peu bousculée pour être bien. Il faut que je rencontre, que j’aille chanter, que je sois dans mon jardin. Le contact de la terre m’aide à aller chercher le pourquoi, le comment quand je me sens angoissée, me dire ‘‘je sais d’où je viens’’. Je suis une personne de la terre, je vais chercher quelques forces, quelques énergies. Le jardin et le chant, ce sont mes deux soupapes. »


J’ai eu ce sentiment de culpabilité de n’être plus bonne à rien pour pouvoir venir en aide

« Je me suis culpabilisée au départ. Je me suis dit ‘‘je suis dans mon jardin, je suis au soleil et j’ai plein d’anciennes collègues qui travaillent aux urgences’’. Je me suis dit ‘‘je pourrais faire quelque chose’’. J’ai appelé l’EHPAD, dans lequel je suis bénévole, pour voir comment allaient les résidents et le personnel. Et j’ai dit à l’accueil ‘‘si vous avez besoin de quelqu’un pour plier le linge ou faire le sol d’une pièce…’’. On m’a dit ‘‘non, il y a des dispositions de prises’’. J’avais envie de donner et quand je me suis exprimée j’avais une émotion pour ce personnel qui travaille dans l’ombre, qui est sur le front, qui fait pour l’autre. Cela m’a interpellée. Et j’ai eu ce sentiment de culpabilité, de n’être plus bonne à rien pour pouvoir venir en aide. Peu importe l’activité, j’aurais aimé y aller. »


Cette crise nous invite à réveiller la fraternité

« Je vois comment la nature réagit. Je vois autour de chez moi c’est verdoyant. J’entends plus d’oiseaux chanter. On a des ciels bleus purs, qui ne sont pas quadrillés. Ce n’est plus possible de continuer comme cela ! Il faut absolument qu’on soit plus citoyen, plus attentif. Il faut relever un défi en améliorant notre façon de vivre, en se remettant en question. Avec Familles Rurales, cela va être certainement l’une des premières questions posées dans nos commissions, dans nos clubs : l’attention portée par chacun dans la protection de la planète, dans la protection de l’autre, en rapport avec l’humain. Cette crise nous invite aussi à réveiller la fraternité. J’écoute beaucoup la radio en fin de matinée et j’ai des frissons quand j’entends tous les élans qui se font, et toutes les personnes qui avaient des énergies qu’elles n’exploitaient pas, je trouve cela extraordinaire. »

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